Kessel

đŸ€Ż L"Ă©puisement du 22 dĂ©cembre

BientÎt un peu de répit (ou pas)

Le Balagan
3 min ⋅ 22/12/2023

Hello tout le monde

Comme beaucoup d’entre vous, je suis Ă©puisĂ©e en cette fin d’annĂ©e. Quand je parle Ă  mes amies, elles me disent toutes la mĂȘme chose : la charge mentale de ce mois de dĂ©cembre les a littĂ©ralement aspirĂ©es. J’ai l’impression que le soleil ne s’est jamais levĂ© aussi tard quand mon fils part au collĂšge dans la nuit. Aaron est quand mĂȘme allĂ© cette semaine avec son haut de pyjama Ă  l’école, mais il s’en moque. Sa dĂ©sinvolture sur certains sujets me fait sourire et m’interroge. Est-ce que j’étais comme ça Ă  son Ăąge ? Certainement pas. J’étais trĂšs Ă©tourdie, mais j’aurais Ă©tĂ© incapable de sortir en pyjama, je me suis toujours trop prĂ©occupĂ©e du regard des autres. 

Bref, je me demande comment je faisais, il y a encore quelques mois, pour partir tambour battant bosser Ă  Boulogne tous les matins. 8h30 : dĂ©bout dans le mĂ©tro, j'Ă©grenais les infos Ă  la recherche de l’actualitĂ© qui allait nous faire exploser en audience tout en envoyant Ă  mon Ă©quipe un joyeux “Hello la team”. J’étais dĂ©jĂ  Ă©puisĂ©e. Je me souviens, quand j’arrivais Ă  l'accueil de l’Atrium de TF1, je levais chaque fois les yeux en l’air, toujours impressionnĂ©e par l'immensitĂ© du bĂątiment, un vague coup d’oeil aux bureaux encore vides (c’est l’heure du cafĂ©), et puis une grande inspiration, c’était parti. J’endossais alors mon rĂŽle de journaliste, manager, souriante et Ă  l’écoute, tout en ajustant mon bouclier invisible, le monde de l’entreprise est cruel.

HELP, je suis toujours crevée

Ça fait bientĂŽt 3 mois que j’ai officiellement quittĂ© mon boulot, j’effectue quelques missions en freelance pour diffĂ©rents mĂ©dias en attendant de trouver le bon poste. MalgrĂ© un rythme plus calme, force est de constater que je suis toujours aussi crevĂ©e, voire plus, pourquoi ? “Tu fais une dĂ©pression ma chĂ©rie, c’est pas normal d’ĂȘtre tout le temps Ă©puisĂ©e”, me rĂ©pĂšte ma mĂšre inquiĂšte. Ma mĂšre, que j’aime plus que tout au monde, est par moment un exhausteur d’inquiĂ©tudes. Elle peut, malgrĂ© elle, souffler sur les cendres, en rajouter une fine couche quand ça tangue. Mercredi, par exemple, elle n’a pas pu refouler un“Mais tu les terrifies”, alors que je grondais mes aĂźnĂ©s. C’est vrai, j’ai Ă©tĂ© particuliĂšrement irritable cette semaine. Eitan, le numĂ©ro 4 (il est nĂ© 1 minute plus tard que son frĂšre), enchaĂźne les colĂšres. J’avais oubliĂ© Ă  quel point ce terrible two pouvait ĂȘtre douloureux : on est lĂ  impuissant devant l’enfant hurlant, rouge de colĂšre, incapable de verbaliser et il faut rester calme. Comme toujours, cette tension rejaillit sur tout le monde. Ça Ă©puise, forcĂ©ment. 

Une pression sociale Ă  ne pas ĂȘtre fatiguĂ©

Une amie dont j’admire le parcours (et qui se reconnaĂźtra peut-ĂȘtre) m’a dit un jour alors que je me plaignais de ma fatigue rĂ©currente. “ArrĂȘte, tu dormiras quand tu seras morte”. MORTE.  Je pense souvent Ă  cette phrase, je n’oserai jamais lui dire que le meilleur moment de ma journĂ©e c’est quand je me blottis dans mon lit contre mon mari avant de m’endormir. J’aime tellement dormir, c’est antinomique quand on a 4 enfants. Je trouve qu'il y a une injonction Ă  ne pas ĂȘtre fatiguĂ© dans la sociĂ©tĂ© qui va de pair avec l'injonction Ă  la performance. Mais oui, pourquoi dormir, quelle  perte de temps, mieux vaut profiter ! Les petits dormeurs sont valorisĂ©s, Macron dort 3 heures par nuit, l'iconique Alex Levy (Jennifer Aniston Ă  la ville), dans The Morning Show est plus pimpĂ©e Ă  4h du matin que moi le soir du RĂ©veillon. 

Comment  font-elles ? Pas Jennifer Aniston. Mes copines qui sortent trois soirs par semaine, bossent une tonne tout en Ă©levant de beaux enfants. OĂč trouvent-elles l’énergie ? Quel est leur secret ? Si elles y arrivent, pourquoi pas moi ? Parfois, j’ai une pointe d’aigreur dont je ne suis pas fiĂšre, je me dis que ces femmes Ă  la vie sociale trĂ©pidante ne sont pas heureuses chez elles. C’est moche comme rĂ©action, hein, mais c’est fugace. Vous voyez, moi la perspective d’un dĂźner avec des potes le soir peut me mettre une boule au ventre quand mon rĂ©veil sonne le matin. C’est Ă©trange, surtout que je suis a posteriori gĂ©nĂ©ralement trĂšs heureuse dudit dĂźner. 

Aimantée à mon canapé

Mais revenons Ă  ma fatigue abyssale. J’ai une thĂ©orie : “moins on fait, moins on fait”. Autrement dit, plus je suis occupĂ©e, challengĂ©e, sous-pression, plus je redouble d’énergie. J’aime la pression, la bonne pression, celle qui me pousse Ă  me dĂ©passer. Quand l’activitĂ© baisse, l’énergie s'amenuise, la fatigue s’infiltre insidieusement. DeuxiĂšme responsable Ă  mon sens de cette Ă©pidĂ©mie de fatigue : le combo Netflix- canapĂ©. Je m’explique. Il est 21h, c’est enfin l’heure des parents. Tout le monde a mangĂ©, les jumeaux sont au lit, les grands, dans leur chambre, sont censĂ©s se coucher  (mais ils ressortiront encore 25 fois). On se cale dans le canapĂ© pour dĂźner, on discute et on peut enchaĂźner avec une sĂ©rie.

Mieux vaut dĂ©barrasser la table avant de dĂ©marrer la sĂ©rie car une fois qu’on a appuyĂ© sur lecture, c’est terminĂ©. Il m’est alors simplement impossible de me dĂ©coller de ce foutu canapĂ©, mĂȘme aller chercher un yaourt au frigo me demande un effort colossal. La fin de l’épisode a sur moi un effet assommant. Je peine ensuite Ă  rejoindre mon lit tant je suis fatiguĂ©e. Parfois, c’est un secret entre nous, je dĂ©croche mon soutien-gorge et je n’ai mĂȘme pas la force de l’enlever, je dors avec, si, si.  J’avoue, je caricature un peu. Comme il est loin le temps ou on sortait Ă  minuit en boĂźte de nuit. “Lady, hear me tonight 'Cause my feeling is just so right As we dance by the moonlight Can't you see you're my delight ? Je me revois avec ma copine ElĂ©onor descendre en mode conquĂ©rante les marches du VIP Room, la boĂźte Ă  la mode dans les annĂ©es 2000. On y retourne ? Je vous Ă©pargne un dernier laĂŻus sur la fatigue psychologique, Ă©motionnelle, psychique qui nous touchent tous et surtout toutes. Sur ces bonnes paroles, je vous souhaite d’excellentes fĂȘtes de fin d’annĂ©e. Je vous (nous) souhaite bon courage pour cette premiĂšre semaine probablement full kids.

Lu, vu, entendu chez moi
 ou ailleurs 

  • Dans le mĂ©tro, ça papote Secret Santa et cadeaux aux collĂšgues  Tellement heureuse d'Ă©chapper Ă  cette corvĂ©e cette annĂ©e.  

  • On s’en fout, mais il paraĂźt qu’on prend en moyenne 1,4 kg pendant les fĂȘtes. 

  •  Mon fils est arrivĂ© hier triomphant dans la cuisine brandissant le dentifrice. “Vademecum maman, ça veut dire ‘viens avec moi’”. VoilĂ , c’est utile le latin !

  • 62 % des Françaises dĂ©clarent en faire plus que leur conjoint dans l’organisation des fĂȘtes de NoĂ«l, dont 37 % « beaucoup plus Â», selon un rĂ©cent sondage Ifop. Et vous ?

  • Chez mon psy : “Les enfants se construisent dans les failles des parents, il n’y a rien de pire que des parents parfaits”. Ça j’aime !

...

Le Balagan

Par Candice Satara

À propos de l’auteur de Le Balagan 


Je m’appelle Candice, je suis journaliste et mĂšre de quatre garçons de 3 Ă  13 ans. Je me pose beaucoup de questions sur tout. Je suis une Ă©ternelle insatisfaite, je voudrais toujours plus, toujours mieux. Je crie beaucoup sur mes enfants et je suis avec leur pĂšre depuis 21 ans. Soit la moitiĂ© de mon Ăąge. J’aime beaucoup me plaindre, et je suis plutĂŽt le genre de personne qui voit le verre Ă  moitiĂ© vide. Mais on dit de moi que je suis trĂšs drĂŽle (oui c’est paradoxale). Bref cette description n’est vraiment pas terrible, alors je vais m’arrĂȘter lĂ .

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