Kessel

"S’il te plaît, ramasse tes vêtements qui traînent par terre" 😠

Et si on essayait d'inviter gentiment nos enfants ?

Le Balagan
3 min ⋅ 24/11/2023

Bonjour à toutes et à tous,

Comment allez-vous en cette fin novembre pluvieuse ? Comme moi peut être, couci-couça… Mon vendredi a démarré avec fracas. Ce matin j’ai encore hurlé en découvrant le sweat (faut dire hoodie non ?) de mon fils en boule coincé entre le lit et le mur. Ce sweat qu’il met tous les jours depuis… la rentrée, mes enfants sont comme ça quand ils affectionnent un vêtement, ils le portent tout le temps, tout le temps. Je pourrais écrire un roman sur le rapport de mes fils à leurs fringues, cette appétence pour les vêtements moches, ce blocage sur certaines coupes et formes, ce rejet des jeans qui m'horripile. Toutes ces fois où j’ai acheté de belles pièces qu’ils n’ont jamais voulu mettre et l’état de fureur dans lequel ça m’a plongée.

Mais revenons à ce hoodie jaune en boule : encore une fois, les affaires de mon fils n’étaient pas rangées. J’ai beau leur répéter ça n’imprime pas. Tous les jours, je dis bien tous les jours, je ramasse leurs serviettes de bain au mieux échouées sur leur lit au pire étalées dans le salon, leurs vêtements abandonnés dans la salle de bain après la douche, les boîtes de biscuits vides dispersées dans la maison. Tiens un Candy up vide dans la bibliothèque, un sachet de madeleine au toilette si, si. Tous les soirs, leurs baskets sont irrémédiablement dans l’entrée aux côtés de leur sac à dos, j’ai beau répéter rien n’y fait.

Souvent je me demande pourquoi ça me met dans un tel état. C’est vrai, je suis sûre que certaines parmi vous s’en fichent. On peut prendre le parti de faire à leur place, les suivre à la trace comme Le Petit Poucet, on peut aussi, comme moi, se dire que c’est reculer pour mieux sauter et que les bonnes manières s'inculquent tôt. Je me souviens avoir écrit un article sur les tâches ménagères il y a fort longtemps ou j'avançais qu’un enfant de 6, 7 ans était normalement capable de faire son lit tout seul, ranger son linge propre, plier seul ses vêtements. Dans quel monde ?

La mémoire sélective 

Comment ancrer en eux ces habitudes, ces réflexes que je considère comme essentiels. Combien de fois ai-je hurlé des phrases du type: “ça suffit maintenant, tu ranges tes affaires tout de suite sinon pas de console”. Cette technique est inefficace sur le long terme. Quelques jours plus tard, rebelote, ils ont oublié et le balagan est de retour. Les mauvaises habitudes reviennent au galop : la bouteille de jus de pomme ouverte sur le plan de travail, les affaires de foot abandonnées dans le salon et l’air nonchalant quand je leur demande des comptes. La tentation est grande de monter alors d’un cran dans la menace, mais pour quel résultat  ?

Peut-être que leur cerveau est encore immature, ils ont 10 et 12 ans. On sait que le cerveau n’achève sa maturation que vers l’âge de 20-25 ans. Un long processus : entre temps les neurones se multiplient et se connectent à toute vitesse à la faveur des expériences et des apprentissages. Un mécanisme très bien résumé dans ce papier du Temps qui cite  Frances E. Jensen, spécialiste de neurologie pédiatrique à l’Université de Pennsylvanie, dans son ouvrage Le cerveau adolescent, guide de survie à l’usage des parents. (éd. les arènes) “Le cerveau d’un adolescent nous place devant un paradoxe, décrit le spécialiste. D’un côté, il dispose de matière grise à profusion. De l’autre, il manque de substance blanche. Ce dernier ressemble à une Ferrari flambant neuve, contrôles effectués, réservoir plein, que personne n’a encore jamais conduite sur route. En d’autres termes, le cerveau adolescent est gonflé à bloc, mais ne sait pas encore où aller.C'est bien beau tout ça, mais aller mettre son slip dans le linge sale c’est pas très compliqué. 

Comment parvenir à les faire adhérer ?

En lisant le livre Éduquer sans s'épuiser du professeur Alan E. Kazdin (éd. Solar), j’ai trouvé quelques pistes intéressantes que je vous partage. L’auteur consacre une bonne partie de son ouvrage aux antécédents qui “correspondent à tout ce qui se produit immédiatement avant un comportement donné : la façon dont vous vous adressez à votre enfant, ce qu’il fait à ce moment-là, et même l’expression de votre visage.” Selon lui et je plussoie totalement, “ce qui se passe avant chacun de ces comportements, ou avant le moment où vous souhaitez qu’ils se produisent, influe fortement sur la probabilité qu’ils aient lieu ou non.” Il ajoute : “la manière dont vous vous servez des antécédents peut jouer sur le fait que votre enfant fera ce que vous souhaitez qu'il fasse... ou bien refusera catégoriquement de le faire.” Il est vrai qu’en matière d’éducation on a tendance à se concentrer sur les résultats, l’attitude souhaitée et les conséquences si le comportement voulu ne se produit pas.  “Tu vas être puni si tu ne fais pas ton lit”, “tu auras une mauvaise note si tu ne révises pas ta leçon”. 

Pour le spécialiste, le “s’il te plaît” importe beaucoup d’une part “parce qu'il implique le sentiment d’un choix pour l’enfant et parce qu’il sert à contrôler le ton de la voix”. Il précise que l’énoncé de la demande doit être concret, précis et présenté calmement cela va de soi. Pas de “parce que c’est moi qui décide” ni de “parce que je suis ta mère”. Si la demande comporte ne serait-ce qu’une once de contrainte, l’enfant sera moins susceptible d’obtempérer. Contraint il fuit, ignore. Je vous vois venir, c’est exactement le contraire que vous faites ? Moi aussi. Ma spécialité c’est “ Vous rangez vos affaires, y' a du bordel partout dans la maison, vous avez 5 minutes”. Je reviens à la charge 5 minutes plus tard, et encore et encore menaçante, impatiente, VÉNER.

Sur le papier je trouve cette méthode tout à fait sensée et je ne doute pas qu’elle soit efficace. Mais dans la pratique quand on est stressé, fatigué, qu’on a l’impression de répéter les mêmes choses en boucle, c’est normal de perdre son sang froid. Hier, par exemple, à bout, j’ai dit à mes garçons qu’ils n’auraient plus droit à leur switch tant qu’ils ne rangeraient pas leurs affaires, j’ai pas été plus précise sur les affaires. Aucune réaction, vraiment aucune. Les mecs s’en tapent. Est-ce qu’ils pensent que je ne vais pas mettre ma menace à exécution ? Pourtant la switch quand même, la première chose qu’ils sauveraient s’il y avait un feu dans la maison. On fait comment alors ? On tente de se faire obéir sans recourir à la sévérité et à la contrainte comme le préconise le professeur E. Kazdin ? Essayons avec un petit lexomil alors ;)

Et sinon ?

  • J’ai tenté ces dernières semaines de soigner mon obsession de la nourriture saine et du tu “termine tes légumes” avec mes enfants. Je ne pense pas avoir vraiment progressé, mais j’ai quand même le sentiment de moins les harceler.

  • Je continue à rentabiliser mon abonnement à la salle de sport en bas de chez moi en y allant trois fois par semaine. J’éprouve un tout petit début d’addiction, c’est à dire que je me surprends à aimer souffrir quand je soulève des poids. Et je crois que ça me permet d’évacuer le stress.

  • Saviez-vous que la pluie augmentait notre irritabilité ? “Une réaction chimique qui s'observerait particulièrement chez les enfants, alors plus enclins aux crises de larmes et caprices”, nous dit Slate. Prions pour que la pluie nous épargne ce week-end !

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Le Balagan

Par Candice Satara

À propos de l’auteur de Le Balagan …

Je m’appelle Candice, je suis journaliste et mère de quatre garçons de 3 à 13 ans. Je me pose beaucoup de questions sur tout. Je suis une éternelle insatisfaite, je voudrais toujours plus, toujours mieux. Je crie beaucoup sur mes enfants et je suis avec leur père depuis 21 ans. Soit la moitié de mon âge. J’aime beaucoup me plaindre, et je suis plutôt le genre de personne qui voit le verre à moitié vide. Mais on dit de moi que je suis très drôle (oui c’est paradoxale). Bref cette description n’est vraiment pas terrible, alors je vais m’arrêter là.