Kessel

Faut-il se forcer à avoir des conversations avec ses enfants ?

Quand l'ado communique moins (beaucoup moins)

Le Balagan
4 min ⋅ 01/12/2023

Bonjour à tous et à toutes et bienvenue aux nouvelles arrivantes ❤️

Nous sommes le 1er décembre, comme chez moi vos enfants se sont peut-être rués sur leur calendrier de l’Avent à l'aube, impatients d’ouvrir la première fenêtre. Pour les jumeaux j’ai fait simple, un basique Kinder, du cocoia comme ils disent, ça fait toujours son effet. Les grands eux m’ont demandé un calendrier POP et après avoir catégoriquement refusé, j’ai accepté, du coup ledit calendrier n’est pas encore arrivé. Cette année non plus, mes calendriers ne seront pas instagrammables, sorry. Pas de petites maisonnettes colorées en papier mâché, ni de pochons en velours cachant des adorables surprises. Certaines mères sur Instagram, en guise de cadeaux, mettent des petites citations inspirantes, si, si. J’aimerais voir la tête de mon ado s’il ouvrait un petit papier où il était écrit “range tes baskets” : chacun ses citations inspirantes. Il me dirait sûrement “ Arrête, t’es gênante maman”. 

Depuis que je travaille moins, vous l’avez compris, je passe plus de temps chez moi aux côtés de ma progéniture pour le meilleur et pour le pire. En accompagnant Aaron (mon fils de 12 ans) à son cours de talmud torah* cette semaine, je me suis fait cette réflexion, On a pas grand chose à se dire, est-ce que je dois vraiment engager la discussion avec lui ? ”. Comme ça, ça semble un peu brut mais la vérité, c’est que chez moi, plus mes enfants grandissent, moins j’ai l'impression qu'ils me parlent, pourtant cela devrait être le contraire. Nous étions assis l’un en face de l’autre dans le bus, il tripotait son téléphone - je lui limite toutes les applications - mais il le triture sans cesse, allez savoir pourquoi. Depuis la rentrée, je me force à ne plus regarder le mien pendant les trajets avec mes enfants. Et croyez-moi, ce n’est pas si facile tant ce réflexe est devenu automatique et addictif. “Tiens, que s'est-il passé dans le monde depuis 10 min ?

Ce n’est pas grave de ne pas se parler

Cette fois-ci, au lieu d’enchaîner sur un sujet lambda qui ne l’aurait pas intéressé, j'ai préféré laisser ce silence s’installer, regarder les rues qui défilent, l’observer du coin de l'œil, lui mon premier bébé qui chausse maintenant du 39. Je me demande si c’est pareil dans les autres familles, si à l’aune de leur adolescence tous les enfants se retirent dans leur chambre (ou aux toilettes), ferment leur porte et sont peu enclins aux échanges. 

- Comment ça va mon chéri, tu as passé une bonne journée ?”
-“Ca va” 
- “Alors, raconte moi ta journée, tu as fait quoi d’intéressant ? ”
-“Euh… rien de spécial”
-“Tu as fait tes devoirs, tu me les montres ?”
- “Ouais”
-“Mais sinon ÇA VA ?” 

Parfois, je tente un “et c’était bon la cantine ?”, “comment vont tes copains ?“. Je n'ai pas non plus de retour très concluant. Quand je suis seule avec eux en journée, il m'arrive encore de leur dire “Vous voulez qu’on fasse un jeu ?”, c’est dire à quel point je les aime, et non même les jeux ne les intéressent plus et pourtant les placards débordent. Eitan et Elon, mes jumeaux de deux ans sont beaucoup plus bavards même si on ne comprend pas tout, il me raconte des tonnes de trucs. 

Créer des moments de complicité

Je ne vais pas mentir, la discussion est un prétexte, j’ai toujours eu du mal à passer de vrais bons moments avec mes grands. Ça me déchire de dire ça. La sortie au Louvre, l’expo à Pompidou, l’atelier de peinture sur céramique qui coûte un bras… j’ai fait quand ils étaient plus petits, parfois seule avec eux, mais ça finissait souvent en catastrophe, l’un était pas content, l’autre était fatigué, ils voulaient que j’achète des choses, et moi je perdais mes nerfs. Je voyais des copines qui partaient, par exemple, un week- end toute seule avec un de leur enfant pour passer un “moment privilégié” et semblaient sincèrement s’éclater. Je les enviais car j’en étais incapable. Incapable de passer un week end toute seule avec un de mes fils. Je me suis souvent sentie en décalage avec certaines d’entre elles, avec cette impression qu’elles géraient grave, tandis que je galérais, l’impression que dans le lot, elles en avaient un ou une plus facile. “je ne vais pas me plaindre Nina est très sage”. Grrrr. 

Moi, mes deux fils étaient surexcités (attention je les trouve aussi brillants, perspicaces, incroyablement beaux… ) et les deux petits prennent le même chemin. Mais qu’est-ce qui cloche dans mon éducation? Éternel argument familial et à la longue IRRECEVABLE “Bah alors tu préférerais qu’ils soient mous, untel ses enfants sont mous et… ?” Bref, c’est pour cela que parfois j’éprouve une certaine frustration de ne pas réussir à créer un climat de complicité propice aux discussions maintenant qu’ils se sont un peu assagis. Je me convaincs parfois que c’est une histoire de sexe, les filles sont plus proches de leur mère comme je l’étais moi enfant, non ? 

Quand ils le décideront

Mais revenons au sujet de la “non discussion” dans le bus. Tout en regardant mon fils, j’ai essayé de réfléchir aux moment où nous arrivions à parler vraiment, je veux dire d’autres choses que de temps d’écran et d’exercices de math. C’est le plus souvent le soir bizarrement, les petits terminent leur dîner, les grands commencent le leur. Dans ces moments-là, c’est le brouhaha complet, mais on arrive tout de même à avoir quelques interactions malgré les sollicitations des petits. Il y a aussi le vendredi soir où nous dînons tous les quatre, c’est là qu’ils nous parlent spontanément des sujets qui les intéressent, des trucs les plus “satisfaisants” du moment. Souvent sans intérêt pour nous adultes mais on les écoute sans les interrompre, sans s’impatienter (ma spécialité). Le dîner est rapide hein, ces messieurs ont une console qui les attend.
Des discussions profondes ? C’est rare, on parle de l’actualité mais parfois je peine à leur faire comprendre les tenants et les aboutissants. Mais cela nous permet de rebondir sur un sujet de société qu’on aurait pas pu aborder sinon : les féminicides, la pauvreté, l’écologie... La dernière fois mon fils aîné m’a demandé pourquoi les journées passaient vite quand on s’amusait et lentement quand on s’ennuyait. J’ai trouvé ça mignon mais je n’ai pas su quoi lui dire “C’est un truc dans le cerveau” a-t-il conclu.  J’essaye aussi souvent de leur parler de moi, de ma vie en dehors d’eux, mon travail, mes journées, mes agacements (nombreux) et mes petites fiertés. En interrogeant les copains de mon fils à son anniversaire sur les métiers de leurs parents, je me suis rendu compte qu'aucun n’était capable de le décrire clairement.  

Enfin, en lisant cette tribune du Huff Post sur les ados, j’ai été interpellée par cette phrase de la coach “Un bon parent doit se montrer discret et disponible à la fois, il doit être présent.”  Disponible, à l’écoute mais pas intrusive, discrète mais pas “ailleurs”… quel jeu d'équilibriste. Je ne culpabilise pas de rester dans ma chambre, à l’écart, mais je suis là pour vous, surtout je ne vous harcèle pas de questions au risque de basculer en mode interrogatoire. Ce je retiens de tout ça finalement ? La réponse à la question de ma newsletter est qu’il vaut mieux les laisser venir quand ils en ont envie et qui sait peut être auront-ils plus envie de s'ouvrir ?   

Et sinon ?

  • En ce moment, j’adore regarder des vidéos de ménage sur Tiktok et Instagram. Voir ces gens récurer leur évier, astiquer leur cuisine, décrasser leur four me procure une sensation de bien-être, vraiment Passion pour @Linsey_Queenofclean, son brushing impeccable, et sa maison laquée qui brille de mille feux.  

  • Depuis quelques semaines mon fils Lior effectue des mouvements de jambes saccadés assez étranges. Dans le magazine Parents, j’ai appris qu’il s’agissait d’une tendance Tiktok (encore). Au rythme de la chanson “Skeu-Skeu”, on réalise un mouvement de jambes à chaque mention de l’expression. 

  • Enfin j’ai lu avec ce plaisir ce papier sur The conversation qui explique Pourquoi hommes et femmes ne sont jamais dacord sur la température idéale de la maison. Parole de frileuse.   

*éducation religieuse chez les juifs en vue de la bar mitzvah

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Le Balagan

Par Candice Satara

À propos de l’auteur de Le Balagan …

Je m’appelle Candice, je suis journaliste et mère de quatre garçons de 3 à 13 ans. Je me pose beaucoup de questions sur tout. Je suis une éternelle insatisfaite, je voudrais toujours plus, toujours mieux. Je crie beaucoup sur mes enfants et je suis avec leur père depuis 21 ans. Soit la moitié de mon âge. J’aime beaucoup me plaindre, et je suis plutôt le genre de personne qui voit le verre à moitié vide. Mais on dit de moi que je suis très drôle (oui c’est paradoxale). Bref cette description n’est vraiment pas terrible, alors je vais m’arrêter là.