Kessel

Ce que j’ai appris sur la place de l’aîné 

Et si c'était le plus chanceux ?

Le Balagan
3 min ⋅ 05/01/2024

2024, je n’arrive pas à croire que nous y sommes. Le temps est passé si vite, hier encore j’étais à Tel-Aviv avec ma bande de copines et j’allais rencontrer celui qui allait devenir mon mari. Hier encore, je faisais le mur pour aller danser aux Folies Pigalle à 14 ans après avoir vu au cinéma “Ma cité va craquer”, hier encore mon père était là en face de moi en train de manger son sandwich au camembert (dont il raffolait) alors que nous déjeunions rue de Bellechasse dans une boulangerie répondant au joli nom de Ficelle, notre dernier déjeuner. Je vous souhaite pour 2024 de garder auprès de vous ceux que vous aimez. C’est le vœu que je fais chaque année, et même à chaque événement où la famille est rassemblée. Pourvu que ça dure, le plus longtemps possible, que jamais personne ne manque.”  Je vais m’arrêter là car je ne suis pas très douée pour les vœux, et je ne veux pas plomber l’ambiance. Certains ont l’art de la formulation, moi pas du tout. C’est comme le message sur la carte pour le collègue qui quitte l’entreprise. Je m’arrange toujours pour arriver en dernier et griffonner trois mots banals, quand bien même j’appréciais cette personne, les mots ne viennent pas.

Je suis la “petite dernière”, est-ce que ça fait de moi une personne différente ?

Récemment je prenais un café avec une connaissance de travail et je lui disais que j’avais trois soeurs et que j’étais la “petite dernière”. J’aurais pu dire la benjamine, la dernière de la fratrie, non j’ai utilisé cette expression de “petite dernière” qui charrie tout un flot de stéréotypes :  surprotégée, capricieuse, trop gâtée, chouchou de la famille, pour n’en citer que quelques-uns. Depuis que j’ai des enfants, je m’intéresse au sujet de la place dans la fratrie et sur son impact réel ou supposé sur la personnalité de chacun. Les gens adorent coller des étiquettes, mais force est de constater qu’on observe certaines similitudes entre enfants du même rang de naissance. Pour cette lettre, j’ai pu poser quelques questions à Héloïse Junier, psychologue pour enfant, et autrice de nombreux livres*.  Ce qu’elle m’a confié est passionnant. 

Mon fils aîné s’appelle Aaron, il a 12 ans et nous avons beaucoup de points communs. Comment vous le décrire ? Il est joyeux et angoissé, imprévisible et responsable, généreux et autoritaire (avec ceux avec qui il est en terrain conquis). C’est une bonne pâte disent certains, mais il s’emporte très facilement. Il est né 21 mois avant son frère Lior : 21 mois de découvertes, 21 mois braqués sur lui à guetter le moindre progrès, à s’inquiéter de tous ses bobos. L’investissement parental serait plus fort avec l’aîné, et pour cause, il passe plus de temps individuel avec ses parents et sa famille, ce temps, même limité, est un trésor. “Les études scientifiques montrent que l'aîné a un meilleur niveau de langage, d’analyse de la situation parce qu’il est plus stimulé intellectuellement, explique Héloïse Junier. Une chance pour lui sur le plan de la scolarité. Ce sont généralement des enfants qui ont tendance à avoir de meilleurs résultats scolaires parce que les parents s’investissent plus”. J’ai dû mal à croire que j’ai pu moins m’impliquer avec mon deuxième enfant, c’est impensable, mais il est vrai que Lior était un enfant plus sage, plus calme et qu’Aaron a longtemps pris toute la place. Aujourd’hui, il est aussi vrai que j’attache plus d’importance aux résultats d’Aaron qui est en 5ème, qu’à ceux de Lior qui est en CM2 et apprend le présent de l’indicatif depuis 3 ans. 

L'aîné, plus intelligent ? 

Une étude menée en Suède et qu’on peut consulter sur le site Science direct  a analysé l'influence du rang de naissance sur la réussite scolaire. Les résultats montrent clairement que les frères et sœurs nés plus tard ont de moins bons résultats scolaires que leurs frères et sœurs plus âgés. Évidemment, ces résultats sont à prendre avec des pincettes car il y a beaucoup d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte comme le développement de l’éducation dans le pays dans le même temps, mais tout de même, c’est assez dingue. “L’aîné aurait aussi potentiellement des points de QI supplémentaires par rapport à ses frères et sœurs plus petits, là encore car il est plus investi par ses parents, poursuit la psychologue. C’est une tendance qu’on retrouve aussi chez l’enfant unique.”  Ce sont les conclusions d’une étude allemande d’envergure publiée en 2015. Mais rassurez-vous, le benjamin n’est pas en reste. Si les aînés bénéficient d’un salaire d’entrée sur le marché du travail plus élevé, cet avantage revient en moyenne ensuite à ceux nés plus tard en raison d’une plus grande volonté chez les derniers nés à s’adapter au marché du travail et à changer d’emploi. C’est tout moi 🤣.

L'aîné plus conformiste ? Plus appliqué au cadre ? “Ce n’est pas une certitude mais certaines données le disent en effet”, ajoute Héloïse Junier. Quand je vois mon fils, il est très respectueux des règles de la vie en société (pas des miennes). Il est sérieux, responsable, défend son frère bec et ongles dès qu’on le gronde. Et il se prend très fréquemment pour le père des jumeaux, mais avec quatre enfants à la maison, il est inévitable qu’il prenne parfois ce rôle. Pour autant, quand il s’agit de prendre des risques, il pousse son frère, son binôme adoré, en première ligne. C’est Lior le rusé, le fin négociateur qu’on envoie aux parents pour demander plus de temps d’écran.

Les études disent des choses, la réalité est très souvent plus complexe. Je ne crois pas que mon petit dernier (Eitan) aura le QI le moins élevé de la famille, mais je trouvais intéressant de vous partager ces quelques résultats qui invitent à se questionner sur la manière dont on s’implique avec chaque enfant. Est-ce qu’on accorde à chacun la même attention ? Est-ce que ceux qui parlent plus fort, font plus ch… ne sont pas finalement ceux dont on s’occupe le plus au détriment des autres ? Une des co-autrices de l’étude allemande avançait un autre facteur pour expliquer les points de QI supplémentaires de l’aîné dans le journal britannique The Telegraph. “Enseigner à d'autres personnes comporte des exigences cognitives élevées : les enfants doivent se souvenir de leurs propres connaissances, les structurer et réfléchir à un bon moyen de les expliquer à leurs frères et sœurs plus jeunes, ce qui pourrait stimuler l'intelligence de certains premiers-nés." J’aime cette idée de la transmission dans la fratrie, mais je pense, contrairement à l’étude, que le mouvement n’est pas descendant et que chacun apprend de l’autre.

Lu, vu, entendu chez moi… ou ailleurs

  • Mon fils Lior, le cadet (10 ans) : “C’est trop dur à faire une tartine”. Je ne sais pas vous mais moi je n’en peux plus de faire des TARTINES le matin.

  • Un billet paru dans The Conversation US en avril 2023 et relayé par plusieurs médias féminins français, qui évoque la charge mentale et émotionnelle des aînés et plus particulièrement des filles. La fille aînée subirait une pression constante pour s’occuper de ses frères et soeurs. Un surplus de responsabilités qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur sa vie future. Le phénomène a été popularisé sur Tiktok avec les hashtags #eldestdaughtersyndrome #oldestdaughtersyndrome.

  • Tout autre sujet. Un papier très intéressant du Monde sur l’expression “frère” qui “renvoie au sentiment d’appartenance à une communauté, institutionnalisée ou imaginaire”.

  • Et enfin, une photo qui résume bien mon état en cette fin de vacances de Noël avec les enfants non-stop. Comme chaque année, le dernier-né a fait tomber le sapin.

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Le Balagan

Par Candice Satara

À propos de l’auteur de Le Balagan …

Je m’appelle Candice, je suis journaliste et mère de quatre garçons de 3 à 13 ans. Je me pose beaucoup de questions sur tout. Je suis une éternelle insatisfaite, je voudrais toujours plus, toujours mieux. Je crie beaucoup sur mes enfants et je suis avec leur père depuis 21 ans. Soit la moitié de mon âge. J’aime beaucoup me plaindre, et je suis plutôt le genre de personne qui voit le verre à moitié vide. Mais on dit de moi que je suis très drôle (oui c’est paradoxale). Bref cette description n’est vraiment pas terrible, alors je vais m’arrêter là.