Kessel

Quand je suis à la maison, je suis toujours disponible

Passer du statut de mère active à mère... à la maison sans y laisser sa peau ?

Le Balagan
3 min ⋅ 17/11/2023

Hello à tous et à toutes, 

Quoi de neuf ? J’avais prévu cette semaine de vous raconter mon rendez-vous ubuesque à la crèche où la psychologue et la médecin référente nous avaient envoyé une bonne dose de culpabilisation à la figure en nous disant que nous avions peut-être un peu “forcé” notre fils a être propre alors qu’il n’était pas prêt. Je voulais vous parler de cette colère qui m'avait envahie sur le moment alors que je restais muette devant elles à devoir écouter leurs boniments que je connais par cœur. Mais c’est finalement sur autre chose que je vais me pencher, j’espère réussir à formuler ce que je ressens et que ça vous parlera. 

Je travaille depuis mes 25 ans environ, quand d’autres continuaient leurs études, moi j’enchaînais les stages en n’espérant qu’une seule chose, qu’on me garde. Je suis l'exact opposé de cette nouvelle génération qui revoit ses aspirations, fait passer son épanouissement personnel avant son travail et pour qui le salaire importe peu.

Chez moi, l’envie de bien gagner ma vie a toujours été un moteur, le nerf de la guerre. Alors je me suis engagée à fond dans chaque boulot, dans chaque mission avec ce besoin de reconnaissance insatiable qui me poussait à me dépasser.  Quand je suis devenue mère, il était hors de question de lever le pied, à 30 ans c’est là que tout se joue professionnellement. Avec le recul je me dis qu’un congé parental de quatre ou six mois n'aurait pas changé grand-chose.

Ne renoncer à rien

Durant ces 10 ans, la vie de famille et le travail se sont sans cesse entremêlés, je voulais tout mais j’avais l’impression de ne rien réussir à faire bien. Je culpabilisais. Vous savez quand on rentre le soir et qu’on se repasse le fil de notre journée de boulot alors qu’on devrait être capable de cloisonner : ce qui est au travail reste au travail.  Ça vous est sûrement déjà arrivé, il est 19h, les gosses sont surexcités, normal ils ont besoin de leur dose d’amour, vous voulez profiter d’eux et en même temps vous n’avez qu’une hâte, c’est qu’ils se couchent. Parfois, on en peut tellement plus que même l’histoire du soir est un supplice, mais on s'acquitte de cette tâche en faisant de notre mieux car on les aime plus que tout. Allez plus que 40 minutes et je pourrais enfin me poser. Quand ils sont petits, on culpabilise de ne pas être à la sortie de l’école, on court le soir en rentrant du travail, on s’en veut de ne pas passer des “moments spéciaux” avec chacun, mais un week-end c’est si court. Avec les jumeaux, et la maturité comme je l’expliquais dans une autre newsletter, cette culpabilité m’a quittée et nous avons réussi à trouver une organisation imparfaite, mais qui nous convenait. Mais une autre culpabilité a surgi, l’impression de délaisser les grands à cause des petits, de leur imposer ce vacarme permanent et cette tension qui en découle. 

Et puis, j’ai quitté mon boulot

Après près de 15 ans d’activité, je me suis retrouvée comme ça sur mon canapé un lundi matin, seule, ce qui assez rare pour le souligner. Du statut de mère active sursollicitée, débordée mais sur tous les fronts  dont je retirais une certaine satisfaction, je suis passée à… je ne sais pas il n’y a pas de nom à cela. Mère au foyer malgré elle peut être ? Mère active en recherche de travail ? Et c’est étrange, on bascule alors dans un monde totalement différent. Un monde où les besoins des membres de notre famille deviennent nos besoins où on existe finalement que par eux, que pour eux. Comme je suis là, je suis disponible, je peux vérifier les devoirs, les emmener à leur activité, récupérer un colis, anticiper et préparer les repas, commander tel ou tel truc dont ils ont absolument besoin dans la minute et RANGER. Combien de temps passe-t-on dans une vie à faire du ménage et à ramasser des vêtements sales ? 

Parlons des notes, des devoirs, forcément je surinvestis, je traque Pronote, j’exige le meilleur, l’excellence, je vire mère hélicoptère. Une amie très à cheval sur les résultats scolaires et qui ne travaille pas m’avait confié un jour que ça devenait obsessionnel pour elle. “Allez cette semaine je me force à ne pas regarder le cahier de texte avant vendredi”. Elle s’était fixé cet objectif, je n’en suis pas si loin.

Comme je suis présente, bien qu’ils soient gardés par leur nounou une partie du temps, les jumeaux aussi réclament leur part du gâteau, ils viennent frapper à la porte de ma chambre, réclament des câlins, des bras, comment résister ? Évidemment il y des moments de bonheur, ils sont nombreux, et je mesure ma chance de passer du temps avec eux quatre, mais à côté de ça j’ai comme l’impression de ne plus exister par moi même. 

J’ai des copines qui ne travaillent pas et qui disent qu’elles “n’arrêtent pas”. Avant je ne comprenais pas, aujourd’hui je demande comment je faisais pour y arriver en travaillant tous les jours de 9h à 19h.

Se consacrer à soi

Pourtant je commence quelques missions en freelance qui m’enchantent, je continue à activer mon réseau pour trouver du travail, je vois des gens intéressants, je fais même du sport trois fois par semaine. Ce n’est pas assez, la majorité de mon temps et de mes préoccupations tournent autour d’eux. C’est plus fort que moi. Ma présence auprès d’eux me rappelle sans cesse que je devrais en faire plus. L’injonction à être une bonne mère me rattrape alors même que je m’en étais détachée à l’arrivée des jumeaux.

Certaines femmes s’épanouissent sûrement dans ce rôle de mère au foyer où on est quelque part protégé de l'extérieur. Peut-être arrivent-elles à trouver un espace rien qu’à elles, à sortir de l’isolement malgré leur abnégation. Moi je n’y arrive pas. M'extraire physiquement de ma famille m’est indispensable pour pouvoir me recentrer sur moi. À rebours de la majorité, je crois même que je n’ai jamais aimé le télétravail. Et vous ?

Et ailleurs ?

  • Comme moi, vous aimez faire plusieurs choses en même temps, ne croyez pas que vous êtes moins efficace. Je suis retombée sur cet article de Slate qui détaille les résultats d’une étude sur le multitâches. Les chercheuses ont mis en évidence “‘l'effet d'entraînement créé par la multiplication de tâches simultanées. L’énergie et l’excitation provoquées par cette multiplication peut entraîner une plus forte créativité”.

  • À lire sur le Guardian : “Mes parents devraient-ils arrêter de donner à mes enfants des aliments que j’ai interdits ?” On parle de grands-parents qui donnent des chips et des pizzas alors que la mère privilégie une alimentation saine. Ça vous parle ?

  • Dernier article aussi en anglais repéré sur l’Independent. Comment élever son 1ère enfant comme si c’était le 3ème ? Une mère donne quelques conseils pour ne pas avoir cette sensation de sauter dans l’inconnu qui génère de la peur et de l’anxiété. Perso je pense que c’est impossible.

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Le Balagan

Par Candice Satara

À propos de l’auteur de Le Balagan …

Je m’appelle Candice, je suis journaliste et mère de quatre garçons de 3 à 13 ans. Je me pose beaucoup de questions sur tout. Je suis une éternelle insatisfaite, je voudrais toujours plus, toujours mieux. Je crie beaucoup sur mes enfants et je suis avec leur père depuis 21 ans. Soit la moitié de mon âge. J’aime beaucoup me plaindre, et je suis plutôt le genre de personne qui voit le verre à moitié vide. Mais on dit de moi que je suis très drôle (oui c’est paradoxale). Bref cette description n’est vraiment pas terrible, alors je vais m’arrêter là.