Kessel

đŸ€š L'amnĂ©sie parentale

Pourquoi oublie-t-on si facilement les moments de galĂšre ?

Le Balagan
3 min ⋅ 11/11/2023

C’est la rentrĂ©e. Nous sommes de retour dans le dur, les devoirs qui s’éternisent, le soleil qui se couche Ă  18h, le froid qui s’abat sans prĂ©ambule, les soupes que personne ne veut boire et les maladies que tout le monde attrape. Non je ne fais pas partie des gens qui aime l’automne parce que mon automne ne ressemble pas exactement Ă  une photo Getty, comprenez, chez nous pas de promenade dans la nature rougeoyante, ni de thĂ© rĂ©confortant sous un plaid dans une cabane rustique pendant que cuit la tarte Ă  la citrouille. Nous l’ambiance c’est plutĂŽt nez qui coule, ciel gris, et baisse de rĂ©gime globale. Un article excellent de l’ADN parle d’ailleurs de ce mythe de la fille qui aime l’automne créé de toute piĂšce par Internet.

Ma derniĂšre newsletter a fait rĂ©agir pas mal d’entre vous. Ma mĂšre m’a dit : “c’est un peu osĂ© quand mĂȘme, s’exposer comme ça !”. Ne m’en veut pas maman, mais je prends ça comme un compliment. Moi qui ai toujours dĂ©testĂ© me montrer sur les rĂ©seaux, faire des selfies, mĂȘme organiser mon anniversaire est un supplice, me dĂ©voiler par le biais de l’écriture me fait un bien immense.  

“J’ai tout oubliĂ©â€Šâ€

Mon psy m’a demandĂ© mercredi si j’avais passĂ© de bonnes vacances au Portugal, je lui ai aussitĂŽt rĂ©pondu “Bien-sĂ»r, on a vu des choses magnifiques, c’était super de quitter Paris, le marasme ambiant, de se retrouver tous les six”. Mais quelques instants plus tard, j’ai rĂ©alisĂ© que je lui avais Ă  moitiĂ© menti car, en y repensant, ces vacances Ă©taient globalement assez galĂšres. Il a Ă©normĂ©ment plu, AurĂ©lien s’est dĂ©boĂźtĂ© le dos en portant Elon le premier jour, Eitan a fait des crises Ă  chaque sortie, Lior et Aaron ont tellement rĂąlĂ© qu’on a fini par leur dire qu’on ne partirait plus avec eux en vacances. Pourtant d’emblĂ©e, au moment oĂč je vous parle, je pense d’abord aux bonnes choses, la balade le long du Tage, la virĂ©e en tĂ©lĂ©phĂ©rique Ă  la dĂ©couverte du Parc des Nations, les pasteis des nata englouties sur le bus touristique jaune (oui on a fait ça) ou encore les petits dĂ©jeuner gargantuesques de l’hĂŽtel
.  Et dans quelques mois, j’y repenserai sĂ»rement avec un pincement au cƓur, on se dira “Comme on Ă©tait bien lĂ  bas tu te souviens”, pourtant je ne suis pas de nature optimiste.

Vous allez me dire tant mieux. Oui cette amnĂ©sie a du bon, elle nous permet de recommencer le lendemain les mĂȘmes galĂšres, voire des pires, avec l’insouciance des nĂ©ophytes. Parfois mon mari me dit “Mais qu’est-ce qui nous a pris ? On Ă©taient presque peinards avec les deux grands, qu’est-ce qui nous a pris ?”. Moi je te dis, on a OUBLIÉ. OUBLIÉ. Les rĂ©veils toutes les trois heures, les selles dĂ©bordantes, les sorties au parc quand il fait 3°C, les repas qui finissent par terre, le bordel partout tout le temps
 Je trouve ça assez magique finalement cette facultĂ© qu’on a nous parents de ne garder que le meilleur. Peut-ĂȘtre que ce phĂ©nomĂšne ne concerne que moi, mais faites l’exercice aussi, quels souvenirs concrets gardez-vous des premiĂšres annĂ©es de vos enfants ? Je ne parle pas ici d'Ă©vĂ©nements traumatiques qui eux on le sait impriment de façon indĂ©lĂ©bile le cerveau et peuvent ressurgir Ă  tout moment.

Des souvenirs déformés ?

Les spĂ©cialistes s’accordent Ă  dire que les souvenirs sont des reconstructions. Des reconstructions parfois Ă©loignĂ©es de la rĂ©alitĂ©, explique le spĂ©cialiste Martial Van der Linden dans cet article du Temps datant de 2013. Notre cerveau fait le tri parmi la quantitĂ© de souvenirs. “Nous gardons en mĂ©moire ce qui consolide nos croyances et nos valeurs” (...) Mais cela a un coĂ»t : non seulement nous ne pouvons pas tout garder en mĂ©moire mais, en plus, nous avons tendance Ă  dĂ©former nos souvenirs pour qu’ils se plient Ă  nos besoins autobiographiques.” Ça me fait penser Ă  ma mĂšre (encore elle) qui nous serine qu’elle a eu des enfants parfaits qui ont marchĂ© avant un an, quittĂ© leurs couches dans la foulĂ©e, et n’étaient jamais malades. Je pense qu’elle a un peu enjolivĂ© l’histoire, je ferais probablement de mĂȘme Ă  77 ans. Je ne sais pas si je dĂ©forme mon passĂ© pour me rassurer mais ce qui est certain, c’est que j’ai trĂšs envie de garder des traces vĂ©ridiques de toutes ces annĂ©es, j’entends mon ressenti dans l’instant prĂ©sent Ă  telle occasion : cette newsletter, je l’espĂšre, y participe.

EN BREF

  • DĂšs que je fais quelque chose de sympa pour eux en ce moment, mes ados me disent “t’es gĂȘnante maman”. C’est donc ça le passage Ă  l'adolescence.

  •  Lu rĂ©cemment dans un article des Pros de la petite enfance. Attention au bruit dans les crĂšches qui Ă©puise les professionnels. Au-dessus de 85db, des protections auditives seraient nĂ©cessaires. Je vais mesurer mais je suis certaine que chez moi on explose ce palier. Plus sĂ©rieusement, je me demande si les nuisances sonores de ma famille ne vont pas finir par me rendre sourde. 

  • Qui sont les parents qui couchent leur(s) enfant(s) Ă  19h ? Comment font-ils ? Quels sont leurs rĂ©seaux ? Je me suis posĂ©e cette question Ă  20h12 hier alors que le dĂ©but du commencement de la mise en place du dodo n’avait pas commencĂ©. La vĂ©ritĂ© c’est que je n’ai jamais essayĂ© de peur qu’ils se rĂ©veillent Ă  6h du matin.

  • Vos enfants ne veulent pas se couvrir pour sortir ? Ils ont toujours trop chauds et rentrent du collĂšge avec le manteau Ă  main ou dans le sac ? Et ça vous exaspĂšre, moi aussi, mais j’ai dĂ©cidĂ© de lĂącher l’affaire.  AprĂšs tout, paraĂźtrait-il que les enfants possĂšdent plus de graisse brune qui les rendrait moins frileux. Mais apparemment ça ne marche pas avec la graisse abdominale. Dommage ;)

...

Le Balagan

Par Candice Satara

À propos de l’auteur de Le Balagan 


Je m’appelle Candice, je suis journaliste et mĂšre de quatre garçons de 3 Ă  13 ans. Je me pose beaucoup de questions sur tout. Je suis une Ă©ternelle insatisfaite, je voudrais toujours plus, toujours mieux. Je crie beaucoup sur mes enfants et je suis avec leur pĂšre depuis 21 ans. Soit la moitiĂ© de mon Ăąge. J’aime beaucoup me plaindre, et je suis plutĂŽt le genre de personne qui voit le verre Ă  moitiĂ© vide. Mais on dit de moi que je suis trĂšs drĂŽle (oui c’est paradoxale). Bref cette description n’est vraiment pas terrible, alors je vais m’arrĂȘter lĂ .

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