Je cherche à “remplir” mes week-ends

Moins d'activités, plus de temps de "qualité" ?

Le Balagan
4 min ⋅ 08/12/2023

Hello à tous et à toutes,

Au moment où j’écris ces lignes je viens de regarder s’il reste de la place pour samedi à la Cité des enfants à La Villette. C’est un endroit que j’adore, avec un super circuit plein de découvertes pour les 2-7 ans. Oui il y a de la place, allez je réserve, non je ne réserve pas, c’est pas donné quand même. Bon je fais quoi ?  Flemme de prendre le métro un samedi matin dans le froid avec la poussette… et en même temps. Bon, si, je réserve, mon mari va sûrement me dire. “Pourquoi on s'impose ça ?”. Je vais lui répondre “Pour eux, pour leur faire plaisir et puis j’y peux rien, c’est comme ça, j’ai besoin de faire des choses”. FAIRE DES CHOSES. Comment vous expliquer que j’aime et que j’abhorre à la fois ma routine. Je déteste ne rien faire le samedi soir, mais tomber sur la Star Academy me démoralise, et en même temps je râle dès que j’ai un truc de programmé. “Suis bien dans mon canapé sous mon plaid, aucune envie de voir des gens”. 

Faire des choses

Souvent, en fin de semaine je tape cette phrase de touriste sur internet “Que faire à Paris ce week-end ?”. Je tombe irrémédiablement sur le site Sortir à Paris qui me propose pêle-mêle, le marché de Noël de La Défense, la fête de la Sainte Barbe au musée de l’Armée, les illuminations des Champs Elysées, Paris en tuk tuk et plein d’autres trucs sponsorisés. Rien ne m’emballe, sans blague. Alors on fait quoi ? La question ne se poserait pas si j’habitais dans une maison, proche de la nature, mais là je suis en ville et mes enfants s’y connaissent mieux en engins de chantier qu’en animaux de la ferme. 

Avec quatre enfants d’âge très différent, trouver des activités en hiver qui plaisent à tout le monde est mission impossible. Les uns ne jurent que par le parc, les autres que par la Switch et puis il y a les devoirs au milieu qui cristallisent les tensions. “C’est quoi chéri ce 12/20, la moyenne de la classe est 13,5 !”. Alors à mon grand dam, le programme est souvent réglé d’avance : glander à la maison le matin (glander est un grand mot), les repas en deux services, la sieste et go le parc à 15h30, se geler pendant que les ptits font leur énième tour de manège. Je précise que la semaine dernière, un enfant a vomi sur le manège en question et l'intensité du jet était telle que nos baskets ont été éclaboussées. Mes fils m’en parlent encore.

Je parle beaucoup du parc car je pense que c’est une vraie torture pour les parents, surtout en hiver. Aucun d’entre nous ne passe un bon moment assis sur son banc plein de crottes sèches de pigeons (quand c’est pas des rats) à regarder sa progéniture s’élancer sur un toboggan qui ne glisse pas. On oublie vite quand ils grandissent. Cette routine pas marrante, mais tellement classique, j’essaie de la bousculer en prévoyant des sorties, des activités en famille. Car mes garçons autant qu’ils sont, ont besoin de s’ébrouer, on ne peut pas rester enfermés tous ensemble toute une journée, on risquerait de s’entretuer. Les guimauves qui grillent au feu de bois, les sablés de Noël qu'on prépare avec enthousiasme en pyjama de Noël en écoutant Mariah Carey… c’est pas chez nous.

Je mets la pression à tout le monde

Est-ce que vraiment je déteste les week-ends en mode loose, est-ce que c’est parce que je me mets une pression monumentale sur ces deux jours que le fait de ne rien faire finalement m’angoisse ? Ou encore, ai-je tout simplement peur de me retrouver seule avec mes enfants ? Honnêtement, je ne sais pas. 

On passe beaucoup de temps au travail, ce matin je demandais à une auxiliaire de la crèche comment elle allait, elle m’a alors répondu toute guillerette “C’est vendredi !”. Comprenez “dans quelques heures, c’est le repos”. Elle était heureuse, comme ces gens affairés qu’on croise le vendredi soir dans le métro parisien parfois un bagage à la main. 

Nos week-ends n’ont rien de reposant mais c’est NOTRE moment : après une semaine longue et mouvementée, vite il faut rattraper, compenser notre absence, faire en sorte ces 48 heures ensemble soient exceptionnelles. Parfois je me surprends même à penser que les jumeaux ont peut être envie de faire autre chose que de ramasser des brindilles au parc. C’est ridicule. Il y a cette idée, propre à notre époque, de rentabiliser notre temps libre ensemble, une notion qui s’applique normalement au monde du travail mais qui déteint sur notre vie personnelle. “Comment superformer ce week-end ?”  

C’est quoi la vraie vie ?  

Ce sentiment vaut-il pour toutes les mères ? De fait, accumuler en deux jours une semaine de plaisir, est totalement irréaliste. D’autant plus que le week-end, nous attendent aussi d’autres tâches moins glorieuses : les montagnes de linge sale, les repas à penser et à préparer, les devoirs dont j’ai parlé plus haut. En fantasmant des week-ends plein d’activités que j’organise finalement pas toujours (et je me déçois), je passe peut-être à côté de véritables bons moments spontanés, le fameux temps de qualité. De quoi se souviennent les enfants ? Des dizaines de sorties au zoo, à l’aquarium ? Des spectacles de marionnettes, des expositions faites au pas de course ? En écrivant (je réfléchis en même temps), je pense à mes jumeaux, et je me dis que tout les impressionne, les travaux sur la chaussée, les sapins scintillants dans la vitrine de Nicolas (le caviste), les camions de nettoyage qui lavent le trottoir,  ils n’ont pas besoin de plus en soi. Quant aux grands, ils ne demandent rien la plupart du temps, et nous on voudrait qu’ils soient reconnaissants. Je doute qu’ils me reprochent plus tard de pas les avoir emmenés plus souvent à la patinoire.

La vie avec les enfants est un enchaînement de moments insignifiants, uniques que je ne prends pas le temps de savourer car je suis trop pressée, dans l’après, pas dans le présent. Mais c’est vrai qu’en regardant toutes ces vies parfaites sur Instagram, comment réussir à se satisfaire de l’ordinaire, de l’insignifiant ? En cette période de flottement,  je dois apprendre à profiter des autres simplement sans chercher à combler le vide. Je pense souvent à cette phrase de mon psy qui m’a maintes fois encouragée à “faire rien”, à ne pas confondre avec “rien faire”.  Drôle d’idée, non ? Je vous laisse, mon panier pour la Cité des enfants a expiré, on se contentera de la déco du sapin samedi, et c’est déjà pas mal.

Écrivez-moi à candice.satara@gmail.com 💙, réagissez à ma lettre, dites-moi que je ne suis pas seule (ou pas).

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Le Balagan

Par Candice Satara

À propos de l’auteur de Le Balagan …

Je m’appelle Candice, je suis journaliste et mère de quatre garçons de 3 à 13 ans. Je me pose beaucoup de questions sur tout. Je suis une éternelle insatisfaite, je voudrais toujours plus, toujours mieux. Je crie beaucoup sur mes enfants et je suis avec leur père depuis 21 ans. Soit la moitié de mon âge. J’aime beaucoup me plaindre, et je suis plutôt le genre de personne qui voit le verre à moitié vide. Mais on dit de moi que je suis très drôle (oui c’est paradoxale). Bref cette description n’est vraiment pas terrible, alors je vais m’arrêter là.

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